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  • : Les Verts d' Aubervilliers
  • : Le Blog de Jean-François Monino, élu Maire Adjoint d'Aubervilliers, est là pour vous informer de son action dans les domaines aussi variés que l:'environnement, les transports, la sécurité, la prévention, la gestion des déchets et les relations internationnales
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  • Jean-François Monino
  • Maire adjoint à la Ville d'Aubervilliers aux travaux,à la Voirie.
Vice Président à Plaine Commune
Président de l'association Aubervilliers Environnement - Aubervilliers Ecologie.
  • Maire adjoint à la Ville d'Aubervilliers aux travaux,à la Voirie. Vice Président à Plaine Commune Président de l'association Aubervilliers Environnement - Aubervilliers Ecologie.

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 17:36

Première partie du témoignage de Christine Ratzel, en mission dans la Bande de Gaza avec Cités Unies France, du 1er au 8 mars 2009

 

Un groupe d’élus français s’est rendu à l’appel du Cités Unis France en Palestine et particulièrement à GAZA du 1er au 8 mars 2009 :

 

Cette mission était composée des élus suivants:

 

-Charles JOSSELIN, Président de CUF (Cités Unies France) et ancien ministre

-Loïc CAURET, maire de Lamballe

-Stéphane PEU, maire adjoint  de Saint Denis, vice président de Plaine Commune

-Rose GOMIS,  maire adjointe de Saint Denis, vice président de Plaine Commune

-Jean Philippe MAGNEN, maire adjoint de Nantes et conseiller délégué de la communauté d’agglomération

-Alain DESMARET, premier vice président du conseil général du val de marne

-Alain AUDOUBERT, Maire de Vitry sur Seine

-Patricia CEREIJO, Conseillère régionale du Pays de la Loire

-Gnamé BAGAYOKO, Maire Adjointe de Saint Ouen

-Catherine BARBOTIN, Maire Adjointe de Rennes

-Véronique LE BIHAN, maire adjointe d’Aubervilliers et conseillère communautaire déléguée

-Bertrand GALLET, directeur de CUF

-Simone GIOVETTI, Chargé de mission CUF

-Thierry TOUZET, chargé de mission à la mairie de Saint Ouen

-Et moi-même, Christine RATZEL, maire adjointe d’Aubervilliers en charge de la coopération décentralisée et de l’économie solidaire

 

Les élus composants cette mission étaient tous de gauche : PS, PC et Verts.

 

L’objectif de la mission de CUF était de pouvoir se rendre à Gaza pour rencontrer la population, les acteurs institutionnels des Nations Unies, le Centre Culturel français, le Maire de Gaza, les membres du conseil municipal afin de se rendre compte et de pouvoir témoigner des dégâts causés par les bombardements israéliens sur la Bande de Gaza de décembre et janvier dernier, manifester sa solidarité avec les palestiniens et les institutions présentes sur le terrain, renforcer les liens entre les collectivités locales françaises et palestiniennes et avoir une meilleure compréhension des enjeux entre les différentes composantes palestiniennes et israéliennes en présence.

 

GAZA

 

« Dimanche 1er mars : Arrivée à Amman en Jordanie, première impression, il fait froid et il pleut, il neige presque. Nous sommes accueillis par A. Saqqour, réfugié palestinien originaire de Naplouse en Cisjordanie. Il ne peut plus retourner en Israël. Nous attendons l’arrivée du reste du groupe Dimanche 1er au soir pour partir à Ramallah en Cisjordanie.

 

Lundi 2 au matin, départ pour la frontière Jordano-Israélienne. Première difficulté, Véronique Le Bihan est tracassée parce qu’elle a visa syrien. Première inquiétude, est-ce que notre mission s’arrête là ! Que faire si elle ne peut pas passer ? Plusieurs élus et notre directeur de cabinet que nous appelons en France, Mickaël Dahan, nous rassurent : 2 heures d’attente, c’est on ne peut plus normal.

 

Ensuite, crise de paranoïa de certains : le jeune américain qui nous aborde serait-il un espion israélien ? La tension est d’ores et déjà palpable.

 

Je constate que les militaires chargés du contrôle des passeports sont jeunes, de 18 à 25 ans environ et armés de mitraillettes. Et les douaniers de mauvaises humeurs ! Pas question de plaisanter. L’accueil n’est pas vraiment chaleureux, c’est le moins que l’on puisse dire. Certains on leur bagages fouillés. L’état de guerre est permanent, ça ne fait aucun doute.

 

Néanmoins, cela nous permet de comprendre d’emblée ce que peuvent vivre des migrants essayant de venir dans nos états forteresses, en Europe. En effet, l'accueil dans nos ambassades de France pour avoir un visa lorsque l’on est ressortissant d'un état pauvre relève du parcours du combattant, sans parler de l'accueil à l'aéroport par notre police aux frontières!

 

Mais revenons à Gaza : fort heureusement, nous finissons tous par passer.

 

Nous traversons alors en minibus un paysage assez dépouillé, voire désolé. De temps en temps, on nous indique une colonie parfaitement identifiable, souvent localisée en haut d'une colline,  entourée de grillages et ressemblant à un vulgaire lotissement.

 

Une heure plus tard environ, nous arrivons à Ramallah, ville Palestinienne de Cisjordanie, qui abrite le siège de l’autorité palestinienne, la Moukata. Yasser Arafat y est enterré. Ramallah serait également la capitale de la Palestine si cet Etat existait. C’est également la ville dans laquelle est enterré Mahmoud Darwich, figure de proue de la poésie palestinienne, internationalement reconnu, mort aux Etats-Unis l’année dernière, et qui s’est toujours battu pour son peuple martyrisé par l’histoire. Je ne peux m’empêcher de livrer une de ses citations :

 

"Mais nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir. Espoir de libération et d'indépendance. Espoir d'une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l'école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de paix. Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir. "

 

Entrée dans Ramallah, avec « check point » et contrôle des passeports. Sur le fameux « mur de sécurité », nous y voyons inscrits des slogans d'espoir et parfois humoristiques, témoignant de l’instinct de vie toujours présent au sein de la population, malgré cette guerre. Nous voyons un mirador et juste à l’entrée de la ville, un camps de réfugiés palestiniens gérés par les Nations Unies.

 

J’avoue ne pas vraiment saisir la situation : pourquoi des palestiniens s’entassent-ils dans des camps alors qu'ils se trouvent en Cisjordanie, théoriquement « chez eux », dans leur pays ?

 

Nous rencontrons « le Negociation Support Unit » de l' OLP (Organisation de Libération de la Palestine). Ce service prend en charge la partie communication et réglementation pour l'OLP. Le directeur nous fait une présentation d’environ deux heures de la situation des Palestiniens en Cisjordanie et à GAZA et du bilan de l’agression israélienne sur Gaza.

 

Résultats :

 

1314 tués, pour la plupart des civils, 412 enfants (31%), 110 femmes (8%)

5300 blessés, dont 1815 enfants (34%), 795 femmes  (15%).

 

Le directeur du « Negociation Support Unit » souligne que des vies auraient pu être sauvées si les hôpitaux avaient fonctionné et si des évacuations avaient été rendues possibles par l’armée israélienne.

 

4000 maisons on été détruites, 17 000 partiellement.

 

Situation de Gaza :

 

1,5 million de personnes dont 70 % de réfugiés. Ceux-ci devaient être indemnisés pour la perte de leurs terres. Ils vivent sur un espace de 365 km2.

 

Au niveau économique, le chômage est de 30 % en 2008 (19% en 2000).

 

Si 70 000 colons ont été évacués de Gaza, 300 000 sont entrés en Cisjordanie.

 

Le directeur du « Negociation Support Unit » nous rappelle la politique israélienne de morcellement du territoire palestinien par :

 

-la construction du mur (780 km),

-les colonisations (settlement) : en 1994, il y avait 200 000 colons. En 2009, ils sont plus de 500 000,

-les routes réservées aux colons,

-la limitation des déplacements par les check points.

 

Beaucoup de chiffres, mais également une carte très parlante qui montre l'évolution des territoires palestiniens de 1948 à nos jours. Le territoire des Palestiniens se réduit tel une peau de chagrin, mité par les colonies, contraint par le mur, les check point, etc. Cela rend de moins en moins viable la possibilité d’un Etat palestinien.

 

Le directeur aborde ensuite la question de Jérusalem : la politique israélienne consiste à isoler Jérusalem Est de Ramallah et de Bethléem et de couper la Cisjordanie en deux.

 

Il nous donne un exemple concret: si un Palestinien de Bethléem veut vivre avec une Palestinienne habitant Jérusalem Est, il ne peut pas se rendre à Jérusalem et si elle-même vient à Bethléem, elle perd son ID (identité israélienne). Mais le couple pourrait se voir avec des autorisations le week-end. Charmant !

 

Actuellement, des habitants de la vieille ville sont expulsés, accentuant les dégâts incommensurables d’ores et déjà causés par l’agression militaire israélienne sur Gaza.

 

Le rôle de la communauté internationale est ensuite abordé : celle-ci continue à coopérer commercialement avec l’état d’Israël (Mercosur, Union Européenne, etc.) et cela entretient le sentiment d’impunité qui règne avec les violations répétées du droit international par Israël.

 

Nous ressortons de cet entretien assez dépités.

 

Mardi 3  mars, c’est enfin le départ pour GAZA, presque un mythe!

 

(*Avant de partir, j’ai acheté un livre de bandes dessinées écrit par un collectif, « GAZA » : on y trouve dessins, BD, articles de presse, témoignages de Gazaouis pendant les bombardements, bonne entrée en matière. J’en viens à me demander où sont ces personnes qui ont écrit pendant  les bombardements. Pourrais-je les rencontrer? J’ai également acheté peu avant mon départ un numéro spécial de Courrier International, « Juifs et arabes », passionnants et parfaitement bien documentés, permettant de faire le point sur ce conflit qui semble inextricable. Le Monde Diplomatique de février 2009 comporte également des articles qui permettent aux néophytes d'acquérir quelques points de repère indispensable sur la région.)

 

Nous arrivons à Eretz, le point de passage du Nord permettant d’entrer dans la bande de Gaza.

 

Le Vice Consul est là, dans sa jeep blindée, accompagné d’un agent de sécurité armé. Tout cela pour nous ? Ils sont présents afin de faciliter le passage de notre groupe. Cela ressemble à un livre de Marguerite Duras. Effectivement, il faut savoir que certaines missions politiques ou humanitaires ne passent pas !

 

Une sorte de ballon dirigeable avec une caméra surveille le territoire et notre groupe par la même occasion.

 

Nous passons un premier portail où nous devons dire si nous avons des armes. Bien sûr, il n’est pas question de plaisanter.

 

Comment décrire l’endroit ? Il faut passer derrière un haut grillage contrôlé par des militaires et des policiers armés de mitraillettes. Nous pénétrons ensuite dans un immense hall.

 

Il faut ensuite entrer dans un box pour présenter nos passeports et répondre aux questions des autorités:

 

« Avez-vous un autre passeport ? Votre nom? Etc. »

 

Pour moi, tout se passe bien.

 

Ensuite, ce sont des couloirs fléchés que l’on traverse, sans personne, accentuant un sentiment de totale déshumanisation. C'est oppressant, et il faut encore attendre que l'on daigne vous ouvrir une porte télécommandée débouchant sur un couloir de mur à ciel ouvert (bleu le ciel quant à lui), puis une zone dévastée bordée d'un immense champs de verdure. Décor hallucinant, passage entre deux mondes, totalement désincarné.

  

Nous sommes attendus de l’autre côté par un chargé de mission de la mairie de Gaza et un traducteur. La frontière n'est qu'une barrière avec des hommes qui jouent aux dames, des enfants qui vendent des boissons, le contraste est criant. Nous sommes rassurés, ayant enfin quittés cet univers aseptisé, toujours inquiétant quel que soit l'endroit.

 

De plus, le ciel est bleu, il commence à faire chaud et nous sentons que nous nous rapprochons de la mer Méditerranée.

 

Nous grimpons de nouveau dans un minibus. Cette fois, le territoire est contrôlé par le  Hamas, et quelques  barbes  et voiles commencent à fleurir.

 

Nous traversons une zone bombardée : les immeubles sont écroulés, les usines en tôle ondulées sont démolies, etc.

 

Premier arrêt,  dans la zone économique de Gaz. La mission rencontre un chef d'entreprise qui produit des jus de fruits. Il nous montre les dégâts causés par les bombardements de Tsahal : ses hangars ont été bombardés, notamment par des bombes aux phosphores, ses stocks de fruits ont été détruits, dégageant une forte odeur  de pourriture, certaines cuves ont été touchés, etc. 

 

Néanmoins des réparations ont d’ores et déjà été effectuées pour que le minimum d'activité économique puisse reprendre. Quelques ouvriers sont sur une chaîne de conditionnement des bouteilles. Il nous montre les restes d'obus qu'ils ont ramassé. Certains portent des inscriptions, dessins ou messages à destination des Palestiniens. Touchantes attentions des militaires israéliens !

 

D’après les traces, on devine parfaitement que des chars sont entrés dans la cour de l'usine. Pour des néophytes comme nous, nous en restons sans voix. Etait-ce bien un objectif militaire ? Cette entreprise semblait sciemment visée, accentuant notre sentiment d’une volonté claire d’Israël de détruire toutes les infrastructures qui pourraient viabiliser ce territoire, la Bande de Gaza. D’ailleurs, des traces d'obus sont également visibles dans l'hôpital situé juste en face de cette usine.

  

A côté nous apercevons une école. Nous échangeons des signes avec les enfants qui chahutent et  nous interpellent en riant.

 

Cette zone est étonnante, très contrastée, faite d'un côté de grands espaces verts et de l'autre d’habitations en partie dévasté.

 

Ce qui me touche plus particulièrement, c'est la dignité des personnes que l’on croise : aucun apitoiement. Elles détendent l'atmosphère dès que possible. Boissons et gâteaux nous sont offerts dans la plus parfaite générosité. La vie continue quoi. Grande leçon d’humanité.

 

Nous arrivons à l'hôtel à Gaza City. L’édifice se situe face à la mer. Perspective étrange, faite de zones dévastées et de quartiers en cours de construction avec des immeubles flambants neufs, parfois même très cossus. Qu’allons-nous donc encore découvrir demain ? »

 

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